[THS] Shalit, Hamouri, Bernard-Henri Levy et les intellectuels mercenaires
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Mon Jun 28 11:30:00 CEST 2010
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Shalit, Hamouri, Bernard-Henri Lévy et les intellectuels mercenaires
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jeudi 24 juin 2010, par Alain Gresh
Faut-il tirer sur les ambulances ? Le flop des deux derniers opus de notre philosophe
national, malgré une campagne de soutien médiatique, lappui complaisant du grand
quotidien du soir, les mille et une excuses trouvées pour justifier la manière dont il a
repris les oeuvres dun philosophe inventé de toutes pièces, indiquent que Bernard-
Henri Lévy glisse déjà inéluctablement vers les bas-fonds de loubli.
Et pourtant, il ne faut pas être injuste. Lhomme a un vrai talent. Celui de condenser,
en peu de pages, lensemble des mensonges, des semi-vérités et des contre-vérités
sur le conflit israélo-palestinien. Il restera comme celui qui a déclaré, à la veille de la
tuerie de neuf humanitaires de la flottille de la paix par larmée israélienne : « Je nai
jamais vu une armée aussi démocratique, qui se pose tellement de questions
morales. » Chacun de ses textes mériterait une étude approfondie pour mettre en
lumière les nouveaux visages de la propagande. Et on peut espérer que les écoles de
journalisme mettront à létude ses textes pour décortiquer le mensonge ordinaire
proféré sous lhabillage de la philosophie, des droits humains et même, dans son
dernier texte, de lancien Testament.
Publié par Le Point du 24 juin, cet article sintitule « Trois questions (et réponses)
concernant le soldat Shalit ». Le 25 juin, cela fera quatre ans que le soldat franco-
israélien Guilad Shalit a été capturé par le Hamas et plusieurs manifestations de
soutien se préparent ou se sont déjà déroulées.
Pourquoi tant dintérêt pour ce soldat, sinterroge Bernard-Henri Lévy ? Parce que,
justement, il nest pas un prisonnier comme les autres. Pourquoi ?
« Car il y a des conventions internationales, déjà, qui régissent le statut des
prisonniers de guerre et le seul fait que celui-ci soit au secret depuis quatre ans, le
fait que la Croix-Rouge, qui rend régulièrement visite aux Palestiniens dans les
prisons israéliennes, nait jamais pu avoir accès à lui, est une violation flagrante du
droit de la guerre. »
Lévy a raison, il est anormal que la Croix-Rouge nait pas accès au prisonnier, cest
une violation du droit de la guerre. Mais comment sont traité les prisonniers
palestiniens dans les prisons israéliennes ?
Correspondant du Monde en Israël, Benjamin Barthe écrit le 18 juin, sur le site
Médiapart (sur le blog de Pierre Puchot, qui nest pas en accès libre) :
« Depuis juin 2007, les familles des 1000 Gazawis emprisonnés en Israël sont privées
de droit de visite. » Et il ajoute : « Lignorance à ce sujet est telle que le conseil des
ministres des affaires étrangères de lUnion européenne réunis le 14 juin dernier a
enjoint au Hamas de laisser le CICR visiter Shalit sans mentionner le cas des
Palestiniens. Précision : la décision israélienne na pas été prise en représailles au
traitement réservé à Shalit. Cest une « mesure de sécurité » dixit la cour suprême en
décembre 2009. »
Ignorance, écrit Barthe. Il a bien sûr raison, mais cette ignorance reflète le fait que
jamais, dans la pensée coloniale, un Blanc néquivaut à un basané. Le Blanc a
toujours un visage, une famille, une identité ; le basané est sans visage, regroupé
dans un collectif anonyme.
Mais Shalit a une autre caractéristique selon Lévy :
« Mais, surtout, surtout, il ne faut pas se lasser de répéter ceci : Shalit na pas été
capturé dans le feu dune bataille mais au cours dun raid, opéré en Israël et alors
quIsraël, ayant évacué Gaza, était en paix avec son voisin ; dire prisonnier de
guerre, en dautres termes, cest estimer que le fait quIsraël occupe un territoire ou
quil mette un terme à cette occupation ne change rien à la haine quon croit devoir
lui vouer ; cest accepter lidée selon laquelle Israël est en guerre même quand il est
en paix ou quil faut faire la guerre à Israël parce que Israël est Israël ; et si lon
naccepte pas cela, si lon refuse cette logique qui est la logique même du Hamas et
qui, si les mots ont un sens, est une logique de guerre totale, alors il faut commencer
par changer complètement de rhétorique et de lexique. Shalit nest pas un prisonnier
de guerre mais un otage. Son sort est symétrique de celui, non dun prisonnier
palestinien, mais dun kidnappé contre rançon. Et il faut le défendre, donc, comme
on défend les otages des FARC, des Libyens, des Iraniens il faut le défendre avec la
même énergie que, mettons, Clotilde Reiss ou Ingrid Betancourt. »
Vous avez bien lu, Israël était en paix avec son voisin après son évacuation de ce
territoire en 2005. Ce que Lévy oublie cest quIsraël contrôlait « seulement » les
frontières maritimes (empêchant même les pécheurs daller en haute mer), les
frontières aériennes et les frontières terrestres (à lexception de celle avec lEgypte).
Ce qui a amené les Nations unies à déclarer que Gaza restait un territoire occupé. Le
blocus auquel ce territoire est soumis en est une preuve supplémentaire.
LEgypte porte-t-elle une responsabilité dans ce blocus ? Bien sûr répond Christophe
Ayad dans « Si BHL était allé à Gaza
», Libération (23 juin), dans une réponse à la
tribune de ce dernier publiée par le quotidien le 7 juin (« Pourquoi je défends Israël
», accompagnée dun commentaire complaisant de Laurent Joffrin).
« LEgypte, note BHL, est coresponsable du blocus de Gaza. Il nignore pas que les
dirigeants égyptiens sont aujourdhui illégitimes aux yeux de leur propre population.
Mais à cette dictature-là, jamais il ne songe à reprocher quoi que ce soit. Seul est
fustigé le gang dislamistes qui a pris le pouvoir par la force il y a trois ans. Faut-il
rappeler à Bernard-Henri Lévy que le Hamas avait remporté, en 2006, des élections
unanimement considérées comme les plus transparentes et pluralistes du monde
arabe ? »
Revenons à Lévy et à Shalit, « cet homme au visage denfant qui incarne, bien
malgré lui, la violence sans fin du Hamas ; limpensé exterminateur de ceux qui le
soutiennent ; le cynisme de ces humanitaires qui, comme sur la flottille de Free
Gaza, ont refusé de se charger dune lettre de sa famille ; ou encore ce deux poids et
deux mesures qui fait quil ne jouit pas du même capital de sympathie que,
justement, une Betancourt. Un Franco-Israélien vaut-il moins quune Franco-
Colombienne ? Est-ce le signifiant Israël qui suffit à le dégrader ? Doù vient, pour
être précis, quil nait pas vu son portrait accroché, à côté de celui de lhéroïque
Colombienne, sur la façade de lHôtel de Ville de Paris ? Et comment expliquer que,
dans le parc du 12e arrondissement où il a fini par être exposé, il soit si
régulièrement, et impunément, vandalisé ? Shalit, le symbole. Shalit, comme un
miroir ».
Mais alors, le Franco-Palestinien Hamouri, ne devrait-il pas jouir de la sympathie des
autorités et de Lévy ? Nest-il pas emprisonné depuis mars 2005, depuis plus
longtemps que Shalit ? Mais peu de gens se préoccupent de son sort, et surtout pas
Lévy. Depuis que le comédien François Cluzet a évoqué son cas en novembre 2009
devant un Jean-François Copé qui ne savait même pas qui était Hamouri, le silence
est retombé.
Et là aussi, on vérifie le deux poids deux mesures, mais pas celui dont parle Lévy. Un
Franco-israélien est un Blanc, il mérite notre sympathie ; un Franco-palestinien, dans
le fond, ce nest quun Arabe... En avril 2010, un citoyen franco-palestinien est mort
dune crise cardiaque à la frontière entre Gaza et Israël après avoir été retenu
plusieurs heures par les autorités israéliennes qui, selon Lévy, ne sont pas en guerre
contre Gaza. En avez-vous entendu parler ? Paris a, paraît-il, demandé que toute la
lumière soit faite sur ce décès. On attend toujours, comme on attend toujours les
mesures françaises contre les nombreuses violations du droit du personnel
diplomatique français en Israël ou contre lutilisation par le Mossad de passeports
français pour lassassinat dun dirigeant du Hamas dans les Emirats arabes unis.
Une dernière question, quil faut poser sans relâche aux autorités françaises : des
soldats disposant dun passeport français ont-il le droit de servir dans une armée
doccupation, dans des territoires que la communauté internationale et la France
considèrent comme des territoires occupés ?
Larticle de Lévy se termine par un hommage à la position morale dIsraël qui, pour
sauver ses soldats, est prêt à les échanger contre des « assassins potentiels »,
cest-à-dire des combattants palestiniens ou libanais.
« En 1982 déjà, Israël relâchait 4 700 combattants retenus dans le camp Ansar, en
échange de 8 de ses soldats. En 1985, il en remettait dans la nature 1 150 (dont le
futur fondateur du Hamas, Ahmed Yassine) pour prix de 3 des siens. Sans parler des
corps, juste des corps, dEldad Regev et Ehoud Goldwasser, tués au début de la
dernière guerre du Liban, qui furent troqués, en 2008, contre plusieurs leaders du
Hezbollah dont certains très lourdement condamnés ! »
Rappelons que les combattants arrêtés en 1982 étaient des membres de
lOrganisation de libération de la Palestine (OLP) et des Libanais qui sétaient opposés
à linvasion de leur pays par les chars du général Ariel Sharon, invasion qui fit des
dizaines de milliers de victimes civiles et déboucha sur les massacres de Sabra et
Chatila. Doit-on comprendre des propos de Bernard-Henri Lévy quIsraël menait, à
lépoque aussi, une guerre juste ?
Et quand il évoque des personnes lourdement condamnées par la justice israélienne,
que croit-il prouver ? Marwan Barghouti, comme plusieurs autres milliers de
Palestiniens ont été aussi condamnés par une justice israélienne aussi « aux ordres »
que létait la justice française du temps de la guerre dAlgérie.
Il y a 70 ans, en 1937, des journalistes et des intellectuels expliquaient que la ville
basque de Guernica navait pas été détruite par laviation nazie mais par les
républicains espagnols eux-mêmes. Bernard-Henri Lévy durant la guerre contre Gaza
de décembre 2008-janvier 2009 paradait sur un char israélien pour prétendre que les
destructions étaient moins graves que ce que lon prétendait. Il réécrit désormais
lhistoire et affirme que, contrairement à ce que clamaient des centaines de milliers
dIsraéliens en 1982, la guerre du Liban était une guerre juste et que les combattants
qui sopposaient à cette invasion étaient des terroristes.
Paraphrasant Voltaire sur les mercenaires, on pourrait écrire de lui : « Dieu nous
préserve de penser que vous sacrifiez la vérité à un vil intérêt ; que vous êtes du
nombre de ces malheureux mercenaires qui combattent par des arguments, pour
assurer et pour faire respecter les puissants de ce monde. »
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